Québec adhérerait à la Vision zéro en 2018

La Ville de Québec pourrait se doter d’une Vision zéro en 2018.

La Ville de Québec pourrait adhérer à la Vision zéro dès l’an prochain. Faisant écho à la demande des conseils de quartier, les membres du conseil municipal ont convenu de prendre en considération la notion de « Vision zéro » lors de l’élaboration de la prochaine stratégie de sécurité routière. Comme la présente stratégie arrive à échéance en 2017, on peut s’attendre à ce que la ville se joigne au mouvement en 2018.

Le maire Labeaume, qui n’a pas apprécié que l’opposition fasse du pouce sur la proposition des conseils de quartier (ce communiqué), s’est toutefois montré critique envers l’approche suédoise en matière de sécurité routière, estimant que la Ville en fait déjà assez.

La Vision zéro c’est un branding. Nous les brandings pour être à la mode, on embarque pas nécessairement là-dedans. Parce que … la Vision zéro, c’est essentiellement une nouvelle appellation pour les stratégies en sécurité routière qui repose sur la diminution du nombre de victimes. On a trois stratégies [en sécurité routière] depuis 2007 qui ont été émises. Nos affaires fonctionnent.

À ce titre, le sommaire décisionnel insiste sur le fait que la municipalité fait mieux que la Norvège qui, dit-on, aurait ravi la première place à la Suède au classement des pays développés.

Les actions mises en œuvre par la Ville depuis 2007 ont contribué à réduire le nombre de victimes. En 2015, le bilan routier de la Ville de Québec, incluant le réseau routier municipal et le réseau autoroutier, faisait état d’un taux de 1,7 décès/100 000 habitants à Québec alors qu’il était de 2,2 décès/100 000 habitants en Norvège.

La Ville de Québec a raison de souligner l’amélioration de son bilan routier. Comme partout ailleurs, on observe une diminution du nombre d’accidents graves et légers. Cela dit, l’administration devrait se garder une petite gêne avant de se présenter en champion.

Oslo 1, Québec 0

Comparer des données municipales à des données nationales est inusité, pour ne pas dire trompeur. Car les accidents graves et mortels sont beaucoup plus nombreux en campagne que dans les grands centres urbains. Il n’y a donc rien d’exceptionnel à ce que Québec fasse mieux que la Norvège (avec 1,5 décès¹ contre 2,2 décès/100 000 habitants). Pour bien faire, le Bureau du transport, qui a préparé le sommaire décisionnel, aurait dû comparer Québec à la capitale de la Norvège, Oslo, où on dénombre 0,5 accident mortel par 100 000 habitants. Évidemment, la comparaison est moins flatteuse.

 

Un bilan en dents de scie

Québec ne fait guère mieux lorsqu’on la compare au reste de la province (voir les données complètes). Alors que le nombre de collisions mortelles est en chute libre à Montréal et ailleurs, le bilan de la capitale est en dents de scie. On dénombrait 8 accidents mortels en 2015, soit autant qu’en 2007, lors du lancement de la première stratégie en sécurité routière. En cours de route, le nombre de décès a grimpé à 17 puis à 22, avant de plonger à 6 et de remonter à 16 l’année suivante.

Sur la même période, le nombre d’accidents mortels a diminué de moitié à Montréal (de 44 à 22) et est passé de 502 à 325 à l’échelle de la province.

Même en tenant compte de la croissance de la population (régressions ci-dessous), on n’observe pas de tendance à la baisse. De 2007 à 2015, le nombre de décès par 100 000 habitants est passé de 1,6 à 1,5 dans la capitale. On aimerait y voir un « léger fléchissement ». Ce n’est malheureusement pas le cas. Le coefficient de détermination (R²) est de 0,06, ce qui est trop faible pour conclure qu’il existe une corrélation entre les deux variables (les temps et le nombre de décès). Autrement dit, il y a trop de variations pour observer une tendance.

Pendant ce temps, le nombre de décès par 100 000 habitants est passé de 2,6 à 1,3 dans la métropole (R² de 0,83) et de 6,5 à 3,9 à l’échelle de la province (R² de 0,95). Dans les deux cas, on observe une forte tendance à la réduction du nombre d’accidents mortels d’une année à l’autre.

Comment se fait-il que le nombre d’accidents mortels soit en diminution constante à Montréal et dans le reste de la province, alors qu’il fait du surplace dans la capitale ? Visiblement, les 3 stratégies de sécurité routière de la Ville de Québec n’ont pas donné les résultats escomptés.

Certes, le passé n’est pas toujours garant de l’avenir. La mise en œuvre de la Vision des déplacements à vélo et la volonté de transformer 20 à 25% des artères de la capitale en « rues conviviales » devraient nous permettre de rattraper le peloton, peut-être même de le dépasser.

Cela dit, on ne devient pas un champion sans reconnaître ses faiblesses et se fixer des objectifs. À ce titre, la volonté de l’administration Labeaume de se doter d’une Vision zéro laisse présager un changement de vitesse.

 


¹ En excluant L’Ancienne-Lorette et St-Augustin-de-Desmaures.

2 réflexions sur “Québec adhérerait à la Vision zéro en 2018

  1. Très belle démonstration. Basée sur des faits avec une technique statistique irréprochable. Félicitations aux travailleurs de l’ombre. On voit que c’est du solide et pas de la bouillie pour les chats.

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